Enceinte sous pilule, je ne veux pas de ce bébé

Par Camille Levesque4 min de lecture

Aujourd’hui, on partage le témoignage d’une lectrice dans une situation terriblement complexe. Elle est tombée enceinte sous pilule, et ce n’était clairement pas prévu. Dans un contexte où sa foi interdit l’avortement, elle se retrouve face à un dilemme douloureux : écouter sa religion, son mari, ou son propre ressenti. Un témoignage sur la solitude qu’on peut ressentir quand la vie nous met face à un choix qu’on ne voulait pas avoir à faire…

Photo de Nataliya Vaitkevich

{Témoignage} Enceinte sous pilule, mon choix est impossible

Je ne pensais pas que ça pouvait m’arriver. Je ne pensais pas un jour me retrouver du côté de celles qui viennent rédiger un témoignage et encore moins pour cette raison !
Je prends la pilule tous les jours à la même heure. Je fais attention. Et pourtant, il a suffi d’une fois. Un dérèglement, ou je ne sais pas quoi, pour que le test de grossesse affiche les fameuses deux barres roses que tant de femmes attendent… mais pas moi !

Je ne voulais pas d’enfant. Et je n’en veux toujours pas d’ailleurs. Ou en tout cas pas maintenant, et pas comme ça. J’ai 26 ans, un mari que j’aime, une vie bien organisée, et je ne me vois pas tout recommencer à zéro avec un bébé.

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“C’est un signe” m’a dit mon mari !

Quand je lui ai annoncé la nouvelle, c’est ce qu’il a répondu. Que c’était un signe de Dieu, que « si ce bébé est venu malgré la pilule, c’est qu’il devait venir ».

Moi, j’ai juste eu envie de pleurer parce que ce n’était pas un signe pour moi. C’était un accident. Une erreur. Quelque chose que je ne comprends pas, et surtout que je ne veux pas !

Mais comment le dire sans passer pour une mauvaise croyante ? Dans ma religion, la vie est sacrée. L’avortement n’est pas une option. Et pourtant, au fond de moi, je sais que je ne suis pas prête.

Enceinte sous pilule, je me sens écartelée entre deux mondes

Il y a ma foi, ma famille, mon mari, et tous me disent que ce bébé est une bénédiction. Et il y a moi, seule, la nuit, qui pleure en silence parce que je n’arrive pas à ressentir cette joie qu’on attend de moi.

Je me sens coupable, perdue, honteuse. Je prie, je demande à Dieu de m’aider à comprendre, mais les réponses ne viennent pas. Je me demande si croire, c’est forcément tout accepter. Si ma peur, mon rejet, font de moi une mauvaise personne ?

Le poids du regard des autres

Autour de moi, personne ne comprend vraiment. Quand j’ai confié mes doutes à une amie, elle m’a dit « Tu devrais être heureuse, certaines donneraient tout pour être à ta place » et j’en ai conscience aussi.

Alors je me tais. Je fais semblant d’aller bien. Je continue à prendre soin de moi, à aller aux rendez-vous médicaux, à sourire poliment quand on me félicite. Mais à l’intérieur, je suis vide. Je me demande si je vais réussir à aimer cet enfant. Si je vais finir par me pardonner de ne pas l’avoir voulu.

Je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne sais même plus ce que je veux.
Chaque jour, j’essaie de me convaincre que si cette grossesse est arrivée, c’est qu’il y a une raison. Et en même temps, je me répète que ce n’est pas parce qu’on peut donner la vie qu’on est prête à le faire.

Je me sens coincée.

Peut-être qu’un jour, je regarderai ce moment comme une épreuve qui m’a fait grandir. Mais pour l’instant, je suis juste une femme perdue, qui ne sait pas comment accueillir un miracle qu’elle n’a pas demandé et qui en est a espérer que cette grossesse s’arrête d’elle-même… J’ai osé l’écrire et je m’en excuse vraiment de tout coeur auprès des couples qui eux attendent ce miracle de la vie.

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Hello ! Je suis Camille, Rédactrice web mariage, Community manager, mais aussi Wedding Planner, Officiante de cérémonie laïque et une des organisatrices du Wedd' Challenge (il fallait bien occuper tous les petits gens dans ma tête) ! Dans le mariage depuis 2012, je suis heureuse de partager avec bienveillance et réalité tout ce que je sais de ce joli monde grâce à mes différentes activités. Vous aider et vous accompagner dans la réalisation de votre joli jour me tient à coeur, alors bienvenue à vous chez La Mariée en Colère ! J'ai hâte de lire vos témoignages, vos questions et vos commentaires ! A très vite !

4 comments

  • Je ne sais pas de quelle religion vous êtes (et ça ne nous regarde pas) mais en tant que croyante, je pars justement du principe que Dieu est justement en capacité de comprendre certaines décisions, qu’il est capable de vous pardonner pour cette prise de décision si vous deviez la prendre. On peut être croyant et admettre que certains principes ne peuvent pas convenir dans toutes les situations. Dans tous les cas, quoi que vous fassiez, écoutez-vous, pesez le pour et le contre, allez même en parler à un psy (n’attendez pas trop si jamais vous deviez avorter car les semaines passent vite). Courage.

  • Vos sentiments sont tout à fait compréhensibles. Et le plus dur est que vous n’avez aucun soutien de vos proches, aucune oreille attentive. Qu’est-ce que ça va leur changer aux femmes qui ont du mal à concevoir que vous, vous soyez enceinte ? L’enfant qui grandit en vous, ce sera à vous de vous en occuper, pas à ces femmes.

    Je suis bien d’accord avec les témoignages précédents, vouloir un enfant, et même avoir eu du mal à avoir cet enfant, n’empêche pas d’avoir des sentiments contradictoires de joie et de rejet. Alors que dans votre situation vous ne vous sentez pas prête, c’est d’autant plus dur.

    Toutefois, si votre foi, votre famille et votre mari fait qu’un avortement n’est pas envisageable, alors il vous faut travailler pour inverser vos sentiments, pour accepter cet enfant, pour que vous trouviez du bonheur à la situation et que l’enfant qui n’a rien demandé puisse vivre en recevant de l’amour de votre part. Ca peut prendre beaucoup de temps, ça peut arriver après la naissance même. Mais il faut absolument que vous trouviez quelqu’un qui accepte vos sentiments et vos ressentis et qui va vous aider à évoluer pour accueillir cet enfant dans les meilleures conditions pour tous.
    Je vous envoie plein de courage.

  • Bonjour,
    Je ne sais pas si c’est possible, mais vous avez besoin d’un espace où vous pourriez exprimer vos sentiments dans toute leur ambiguités en paix. Réussir à l’écrire ici, c’est déjà énorme, sans vouloir être mère, vous faites déjà ce qui est le mieux pour ce petit être, c’est à dire sortir vos émotions et ne pas les laisser prendre tout l’espace dans votre coeur – même s’ils prennent bien entendu beaucoup de place. Une thérapeute compréhensive de la maternité ? Une psy ? Je mets volontairement au féminin, mais peut être que des hommes psy pourraient aussi avoir cette sensibilité.
    Ne vous inquiétez pas de prendre du temps à l’aimer ce bébé, et d’avoir toujours pour lui un drôle de mélange émotionnel, fait d’attachement, d’affection, d’amour et de regrets. Cela ne vous empêchera pas d’être pour lui une magnifique mère. Beaucoup de femmes ont pour leur enfant des émotions arc en ciel. J’ai voulu ma fille, mais maintenant qu’elle est là, j’ai mis beaucoup, beaucoup de temps à l’accepter. Ce n’est pas grave, c’est la vie. Prenez-soin de vous…

  • Ce n’est que mon expérience personnelle mais peut-être qu’elle peut éclairer.
    Je suis tombée enceinte de mon 4e bébé alors que j’étais sous stérilet (enfin je croyais, il avait en fait migrer), quelques mois après la naissance de notre 3e enfant et une grossesse affreuse qui m’a maltraitée physiquement et psychoquement et que je n’envisageais pas si vite de remettre le couvert. Notre 2d était déjà arrivé sous pilule. Nous avions 30 ans, nous avions le projet d’agrandir la famille, aussi l’avortement n’a jamais été en question. Néanmoins, le timing ne me convenait pas. j’ai pleuré et je me suis sentie trahie encore une fois par mon corp, je ne me suis pas projetée, mon mari était beaucoup plus optimiste que moi. pendant tout le 1er trimestre je me disais que faire une fausse-couche ne serait pas si dramatique et me sentant affreusement mal de penser ça alors qu’autour de nous tant de couples ne parvenaient pas à avoir d’enfants. Au bout de 3 mois, quand il a fallu l’annoncer à mon employeur, j’ai réalisé que la « mauvaise surprise » était devenue une nouvelle. Et à 4,5 mois c’était enfin une bonne nouvelle, j’ai commencé à être enfin contente d’attendre ce tout-petit, de l’annoncer. Et quand je l’ai rencontré, ça a été le coup de foudre.
    Je ne dis pas que c’est l’unique voie. Je dis simplement qu’on peut ressentir des sentiments négatifs pendant la grossesse et les voir complètement transformés par la suite. Et que ça ne fait pas de nous pour autant des mauvaises mères ou mauvaises personnes.

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