Enceinte, j’ai l’impression que mon corps ne m’appartient plus

Par Camille Levesque5 min de lecture

On parle souvent de la beauté de la grossesse, de ce lien magique entre la mère et le bébé… mais beaucoup moins de ce sentiment de dépossession que certaines femmes peuvent ressentir. Quand le corps change, que tout le monde se permet des gestes ou des commentaires, que l’intimité évolue, il arrive que la femme se sente mise de côté dans sa propre peau. Aujourd’hui, Hélène nous livre son témoignage sur cette impression de ne plus vraiment s’appartenir depuis qu’elle est enceinte.

Enceinte, j’ai l’impression que mon corps ne m’appartient plus
Photo de cottonbro studio

{Témoignage} Mon corps n’est plus que l’habitacle dans lequel grandit mon bébé

Je m’appelle Hélène et je suis enceinte d’un peu plus de 7 mois. Depuis le jour où j’ai vu le test positif, j’ai la drôle d’impression que mon corps ne m’appartient plus. Enfin, c’est mon corps mais apparemment, il appartient aussi à tout plein d’autres personnes qui se permettent des choses qu’ils ne feraient JAMAIS si je n’étais pas enceinte.

Quand j’y réfléchis, tout a commencé très tôt, dès l’annonce en fait. Les félicitations, les câlins, les mains sur mon ventre, parfois (souvent) sans même me demander la permission.
J’ai beau être heureuse de cette grossesse, j’ai eu comme un malaise. Comme si, d’un coup, mon corps n’était plus à moi, mais à tout le monde !

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« Oh, je peux toucher ton ventre ? »

Au début, je trouvais ça attendrissant. Les gens qui posaient leur main sur mon ventre en souriant, comme pour dire bonjour au bébé. Mais très vite, ça m’a gonflée. Parce qu’en réalité, je n’ai pas toujours envie qu’on me touche !

Mon ventre, c’est moi !
Et même si un bébé grandit dedans, ça reste mon espace, mon corps, mon intimité. Mais j’ai l’impression que depuis que je suis enceinte, je n’ai plus le droit de dire non sans passer pour la rabat-joie de service. Mais en vrai, est-ce que quand je ne suis pas enceinte on vient toucher mon ventre ? Pas du tout ! Donc pourquoi là on se permet de le faire comme si c’était normal !

Et paradoxalement, alors que tout le monde semble vouloir toucher mon ventre, celui qui le faisait avant, lui, n’ose plus. Depuis que je suis enceinte, mon mari n’est plus pareil. Il m’aime, il est attentif, il est présent… mais il ne me touche plus et notre vie intime est littéralement au point mort depuis que nous avons appris la grossesse.

Il me dit qu’il a peur de “me faire mal”, ou de “gêner le bébé”. Et moi, je me sens mise à distance. Comme si, encore une fois, mon corps n’était plus celui de la femme qu’il désire, mais celui de la mère de son enfant. Je le comprends, mais ça me blesse quand même. Parce que j’ai encore besoin de tendresse, de sensualité, de me sentir femme, pas seulement « future maman ».

Mon corps qui change, sans que je décide vraiment

Je n’ai jamais été obsédée par mon apparence, mais voir mon corps se transformer aussi vite, c’est déstabilisant.
J’ai des jours où je me trouve belle, forte, pleine de vie. Et d’autres où je me regarde dans le miroir et je ne me reconnais plus. J’ai l’impression d’être devenue une enveloppe. Un « habitat temporaire », comme si mon rôle était juste de servir d’abri à ce petit être qui bouge à l’intérieur.

Les rendez-vous médicaux : encore un peu de moi qui s’échappe

Et pour en ajouter encore un peu, à chaque rendez-vous, j’ai ce même sentiment : on parle de mon corps, mais rarement à moi. “Le col est bien fermé”, “l’utérus est haut”, “la tête est en bas”…
J’entends parler de moi comme d’un ensemble d’organes, de mesures, de chiffres. Je ne suis plus Hélène, je suis “la patiente de 7 mois”, “le corps qui abrite un fœtus”. Même la sage-femme, pourtant adorable, parle parfois plus du bébé que de moi.

Et je me dis : mais moi, dans tout ça ? Est-ce que quelqu’un se soucie encore de la femme qui vit cette grossesse, pas seulement du corps qui la porte ?

Je me sens coupable d’avoir ces pensées. Parce que je sais que cette grossesse est une chance, que beaucoup de femmes rêveraient d’être à ma place. Mais en même temps, je ne peux pas ignorer ce que je ressens : cette perte de contrôle, cette impression d’avoir disparu au profit d’un rôle qu’on m’impose sans que j’aie le temps de m’y faire.

J’aime déjà mon bébé mais j’aimerais qu’on me laisse un peu de place, à moi aussi. Qu’on me laisse le droit d’être encore Hélène, pas seulement « la future maman ».

Alors de mon côté, j’essaie de prendre les choses en main et de me reconnecter à mon corps autrement. Je marche, je médite, j’écris, je parle à ce petit être, mais aussi à moi-même. Je me dis que ce corps qui m’échappe un peu aujourd’hui, c’est aussi celui qui m’a rendue capable de créer la vie. Mais en réalité, pour l’instant, j’ai juste besoin qu’on me laisse respirer !

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Hello ! Je suis Camille, Rédactrice web mariage, Community manager, mais aussi Wedding Planner, Officiante de cérémonie laïque et une des organisatrices du Wedd' Challenge (il fallait bien occuper tous les petits gens dans ma tête) ! Dans le mariage depuis 2012, je suis heureuse de partager avec bienveillance et réalité tout ce que je sais de ce joli monde grâce à mes différentes activités. Vous aider et vous accompagner dans la réalisation de votre joli jour me tient à coeur, alors bienvenue à vous chez La Mariée en Colère ! J'ai hâte de lire vos témoignages, vos questions et vos commentaires ! A très vite !

3 comments

  • Je te comprends, malheureusement beaucoup de femmes enceintes vivent la même chose que toi.
    Tu n’as pas à culpabiliser de ce que tu ressens, c’est normal, c’est un gros changement, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.
    Mais tu veux avoir une emprise sur la manière dont les autres agissent envers toi.
    Tu ne peux pas revenir en arrière sur ce qui est déjà vécu, mais tu peux voir pour la suite.
    Tu peux en parler à ton partenaire, au corps médical, à ton entourage.
    Tu peux notamment discuter de la manière dont tu as besoin d’être accompagnée durant ton accouchement, parler de tes souhaits (à ton partenaire comme au personnel médical), tu peux aussi te faire accompagner d’une doula, qui pourra faire respecter tes limites, tes souhaits, et prendre soin de toi, ou aider ton partenaire à le faire.
    Tu peux aussi anticiper le post-partum, dire à tes proches que tu donneras le feu vert lorsque tu seras prête à avoir de la visite et dans quelles conditions.
    C’est ton corps, tu as le droit de dire non, et c’est même un devoir envers toi-même, parce TU comptes !
    C’est ton bébé, et donc idem tu auras le droit de dire si tu ne souhaites pas qu’il passe de bras en bras et subisse les bisous de tout le monde.
    Et tu peux aussi demander de l’aide, pour du soutien émotionnel, pour soulager ta charge-mentale, pour une aide logistique.
    Parle, ose demander. Tu n’es pas une rabat-joie, tu es un être humain, avec un corps, des souhaits, des limites, des émotions.
    Bravo d’avoir eu le courage de porter ton témoignage jusqu’ici, c’est un sacré pas déjà.
    Offre-toi le temps et l’espace dont tu as besoin, tu le mérites !
    Et c’est parce que tu auras mis tout cela en place que le reste de ta grossesse, la naissance et ton post-partum seront mieux vécus.

  • Sorry par avance pour la tirade.

    Alors, je suis désolée de te le dire, il vaut mieux le savoir avant pour s’y préparer, mais après l’accouchement ça sera bien pire ! Entre la réappropriation de ton corps qui va prendre du temps : le ventre qui reste (t’as encore l’impression d’être enceinte tellement il est gros mais il est tout mou…), les seins qui explosent (montée de lait), les lochies (mon cauchemar personnel pendant un mois), perso j’ai aussi mis du temps à me remettre de l’épisio. Mais aussi ta nouvelle vie de parents : le sommeil qui perd à la dérive, l’incompréhension parfois des besoins du bébé etc, . Et ben tu vas passer beaucoup plus à l’arrière plan. Et pas à cause de remarque ou de comportement de ta famille ou ton conjoint mais parce qu’il le faudra, parce que c’est comme ça et que maintenant il y a un petit être qui dépend de toi et qu’il y a peu de pauses.

    Alors, il faut un peu se préparer à tout ça et tu peux gérer chaque problème un par un.
    – Déjà, t’en ficher de si t’es une rabat joie en empêchant les gens de te toucher. Peut-être que tu partages ton corps avec ton bébé, mais les autres c’est selon tes besoins, pas les leurs.
    – Ton mari, il faut que tu lui expliques clairement, sans reproche, TES besoins : les câlins chastes, les caresses sur le ventre, qu’il parle avec bébé, mais aussi tes besoins sexuels. Il n’y a pas de risques pour bébé et aucun risque qu’il en créé un 2ème, c’est le moment !! Je me souviens que ma libido avait augmentée à cette époque. Et surtout se sentir encore désirable dans ce corps, c’est tellement important, tu le sais déjà. Au pire, tu peux avoir quelques contractions, évidemment à la condition que tu n’aies pas de grossesse à risque. Commence tes phrases par je ressens ou j’ai l’impression.
    – Les médecins, ils sont comme ça, assez froids, ils voient plein de patients et s’ils utilisaient toujours leur empathie quand il n’y a pas de danger, on les épuiserait XD, Ils n’en montrent déjà pas souvent quand il y a danger… il faut les ignorer, tu n’as quelques rdv par mois, pose toutes tes questions lors du rdv et concentre toi sur tes sensations le reste du temps.
    – Vois tes copines et dis leur que tu veux passer des soirées comme avant d’être enceinte, dis leur que tu as envie de profiter tant que tu peux sortir sans chercher une babysitter ou demander à ton conjoint ou avoir la flemme. Il y a plein d’activités en fonction de ton niveau de forme et de ta fatigue à faire. Vraiment, il faut profiter à fond tant que tu peux car il faudra quelques temps pour que ça arrive à nouveau et ça ne sera pas les mêmes conditions.
    – Prépare toi aussi à l’arrivée du bébé et à la tempête que ça va causer. Ma rêgle d’or c’était de ne m’attendre à rien et de gérer chaque situation quand elle arrivait. L’ultra flexibilité en somme. par ex je voulais allaiter mais j’ai vu mes belles-soeurs tellement galérer, insister jusqu’à la souffrance, que si ça avait été dur plus de 48h d’affilé, j’étais prête à passer au biberon.

    Bref, tu vis un chamboulement et la part la plus importante arrive dans 2 mois. Impose tes limites, défini tes besoins, communique à ton conjoint, à ta famille, à tes amies. Il y a des choses, tu ne peux rien y faire donc concentre toi sur ce que tu peux impacter pour te sentir mieux !!

  • Allez plus que 2mois!!
    C est normal qu aux examens on te parle + du bébé, c’est le but de savoir s il va bien et se développe correctement 😃 prendds peut être rdv avec un ou une psychologue pour t accompagner ? Surtout pour ton post partum parce que là ton bébé passera plus que jamais avant toi

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