Deux grandes créatrices de robes de mariée tirent leur révérence 

Par Camille LevesqueMis à jour le 9 min de lecture

Il y a quelques mois, Meryl Suissa annonçait la fermeture de sa maison et il y a quelques jours, c’était au tour de Rime Arodaky d’annoncer mettre un terme à son activité dans la forme qu’elle prend aujourd’hui… Des fermetures qui marquent le monde du mariage, et pour cause : ces deux créatrices ne sont pas seulement des marques, elles incarnent une idée forte de la robe de mariée française.

Pour de nombreuses mariées, leurs créations ont accompagné des années de tableaux Pinterest et d’enregistrements sur Instagram, parfois avant même la demande en mariage (est-ce que j’en fais partie ? Tout à fait !). Voir disparaître deux noms aussi emblématiques en l’espace de quelques mois soulève donc une question : où en est le marché de la robe de mariée aujourd’hui ? Je crois réellement que derrière ces annonces se cache une transformation qui touche les créatrices, les boutiques, les futures mariées et, plus largement, notre rapport à la consommation, au savoir-faire artisanal et à la valeur que nous accordons encore à la création française. 

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Meryl Suissa et Rime Arodaky : deux départs qui marquent la fin d’une époque

Il y a une dizaine d’années, le paysage de la robe de mariée française était relativement simple à décrypter puisque quelques grandes maisons dominaient les inspirations des futures mariées. Certaines représentaient le romantisme traditionnel, d’autres apportaient une vision plus moderne, plus mode et plus affirmée du mariage.

Rime Arodaky a largement participé à cette révolution. À une époque où la robe de mariée restait encore très codifiée, elle a introduit des silhouettes plus contemporaines, des dos nus spectaculaires, des matières graphiques et une esthétique qui parlait à une nouvelle génération de femmes plus rebelles. Meryl Suissa, de son côté, a développé un univers singulier, reconnaissable, porté par une approche couture et une fabrication française revendiquée. Ses robes courtes et ses combinaisons sont devenues iconiques ! 

Ces créatrices contribuaient à dessiner les tendances du secteur. Lorsqu’une collection sortait, les boutiques l’attendaient, les médias spécialisés en parlaient et les futures mariées s’en inspiraient. Leur influence dépassait largement leurs propres clientes ! 

Il faut aussi savoir que le marché du mariage possède une particularité que peu d’autres secteurs connaissent : sa dimension émotionnelle. Une robe de mariée n’est pas un achat comme un autre, elle s’inscrit dans une histoire personnelle, alors lorsque les (futures) mariées apprennent la disparition d’une marque qu’elles admiraient, elles ont parfois l’impression de voir disparaître une partie de leurs projections. Même celles qui n’auraient jamais acheté une robe de ces créatrices ressentent souvent une forme de tristesse parce qu’elles représentent une vision du mariage et un savoir-faire qui semblent aujourd’hui fragilisés… 

Les robes de mariée sont-elles réellement devenues trop chères ?

Fabriquer une robe de mariée en France : une équation économique de plus en plus complexe

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Le débat revient régulièrement dans les discussions entre futures mariées : comment expliquer qu’une robe de créatrice puisse coûter 3 500 €, 4 000 € ou parfois davantage ? La question est légitime, mais elle révèle aussi une méconnaissance assez fréquente de ce qui se cache derrière la fabrication d’une robe de mariée haut de gamme ! 

Lorsqu’une créatrice choisit de produire en France, elle doit composer avec des coûts particulièrement élevés. Les matières premières ont fortement augmenté ces dernières années : les dentelles, les soies ou les broderies utilisées dans les collections de créateurs représentent déjà une part importante du prix final. À cela s’ajoutent les coûts des ateliers, des modélistes, des couturières spécialisées, des locaux, des charges sociales, de la logistique, de la communication, du marketing et de la distribution… 

Lorsqu’on fait appel à une créatrice de robes de mariée, c’est aussi parce qu’on a conscience que ce n’est pas un produit qui sera fabriqué à la chaîne. Chaque modèle demande des dizaines d’heures de travail, plusieurs essayages et un niveau d’expertise qui devient de plus en plus rare. Former une couturière spécialisée prend des années. Pourtant, lorsque l’on regarde uniquement le prix affiché sur une étiquette, cette réalité disparaît souvent complètement de notre esprit ! 

Pourquoi une robe à 3 500 € semble aujourd’hui inaccessible à certaines mariées

Pour autant, il serait un peu facile d’affirmer simplement que les futures mariées ne comprennent pas la valeur du travail artisanal… Le mariage en lui-même est devenu plus coûteux dans son ensemble. Les lieux de réception, les traiteurs, les photographes, les fleuristes et quasiment tous les prestataires ont vu leurs tarifs augmenter sous l’effet de l’inflation et de la hausse générale des coûts, et face à cette réalité, les couples sont obligés d’arbitrer leur budget de mariage. Là où certains préfèrent investir davantage dans le lieux et dans les expériences vécues, d’autres accordent une importance plus particulière aux images, et d’autres encore souhaitent limiter leur budget global pour d’autres projets de vie… 

Dans ce contexte, une robe à 3 500 € peut sembler inaccessible non pas parce qu’elle est objectivement trop chère, mais parce qu’elle entre en concurrence avec de nombreuses autres priorités. Le débat est donc moins celui du prix que celui de la place que les couples souhaitent accorder à cet achat dans leur budget global.

Le paradoxe du mariage moderne : vouloir du sur-mesure au prix du prêt-à-porter

C’est probablement ici que se situe l’une des plus grandes contradictions du marché actuel. Jamais les futures mariées n’ont eu autant d’exigences. Elles souhaitent des robes uniques, personnalisées, parfaitement adaptées à leur morphologie, réalisées dans de belles matières et, idéalement, fabriquées localement… Et en même temps, la fast fashion a profondément modifié notre rapport aux prix. Aujourd’hui, beaucoup sont habitués à acheter des vêtements à des tarifs extrêmement bas, souvent sans percevoir les réalités économiques qui rendent ces prix possibles… 

Cette habitude influence donc forcément le regard porté sur la robe de mariée. Beaucoup de futures mariées découvrent les tarifs du secteur avec surprise parce qu’elles les comparent inconsciemment à ceux du prêt-à-porter classique. Pourtant, comparer une robe de créatrice fabriquée en France à une robe produite en grande série à l’autre bout du monde n’a finalement que très peu de sens ! 

Les concurrentes ne sont plus seulement les autres créatrices

La concurrence ne vient d’ailleurs plus uniquement des maisons spécialisées dans le mariage ou des créatrices de robes de mariée. De nombreuses marques de prêt-à-porter ont investi ce marché ces dernières années. Certaines proposent des collections capsules mariage, d’autres développent des robes blanches qui deviennent des alternatives crédibles pour certaines futures mariées, et à cela s’ajoutent la seconde main, la location et les plateformes internationales qui permettent d’accéder à des créations venues du monde entier en quelques clics. 

Et si pour les futures mariées, cette évolution représente une belle opportunité puisque le choix n’a jamais été aussi vaste, pour les créatrices françaises indépendantes, cela signifie également devoir défendre leur position face à des acteurs toujours plus nombreux ! 

Le vrai débat est donc de savoir combien sommes-nous prêts à payer pour l’artisanat ?

Chaque fois qu’une entreprise artisanale française ferme ses portes, le même débat réapparaît :  nous affirmons collectivement vouloir préserver le savoir-faire local, soutenir les créateurs indépendants et encourager une consommation plus responsable, mais pourtant, lorsque vient le moment d’acheter, le prix reste souvent le premier critère de décision ! 

Attention, je ne veux pas faire culpabiliser les futures mariées, chacune fait ses choix en fonction de sa situation, de ses moyens et de ses priorités, mais il est quand même intéressant de s’interroger sur ce que nous sommes réellement prêts à financer lorsque nous parlons d’artisanat français ! Parce que derrière une robe de créatrice, on le sait, il n’y a pas seulement un vêtement, il y a des emplois, des ateliers, des compétences rares et des années d’expérience. Lorsque ces structures disparaissent, c’est tout un écosystème qui s’affaiblit progressivement. 

Ce que les départs de Meryl Suissa et Rime Arodaky révèlent pour la suite

Les départs de Meryl Suissa et de Rime Arodaky, montrent que le marché est réellement en pleine transformation. Les futures mariées disposent aujourd’hui d’un choix gigantesque et peuvent autant acheter une robe de créatrice française, qu’opter pour une marque de prêt-à-porter, choisir la seconde main, louer leur tenue ou encore commander une création à l’étranger. Et si cette diversité est une richesse, elle redistribue aussi les cartes des marques historiques.

La disparition de deux grandes créatrices françaises ne signifie donc pas forcément que les robes de mariée sont devenues trop chères ou que le marché est en crise, elle nous rappelle surtout que le mariage évolue avec son époque et que les règles qui permettaient à une maison de prospérer il y a 10 ans ne sont plus forcément celles qui s’appliquent aujourd’hui… 

Ainsi, les départs de Meryl Suissa et de Rime Arodaky marquent peut-être la fin d’un chapitre tout ouvrant la réflexion sur l’avenir de la création française dans le mariage et sur la place que nous souhaitons encore lui accorder…  

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Hello ! Je suis Camille, Rédactrice web mariage, Community manager, mais aussi Wedding Planner, Officiante de cérémonie laïque et une des organisatrices du Wedd' Challenge (il fallait bien occuper tous les petits gens dans ma tête) ! Dans le mariage depuis 2012, je suis heureuse de partager avec bienveillance et réalité tout ce que je sais de ce joli monde grâce à mes différentes activités. Vous aider et vous accompagner dans la réalisation de votre joli jour me tient à coeur, alors bienvenue à vous chez La Mariée en Colère ! J'ai hâte de lire vos témoignages, vos questions et vos commentaires ! A très vite !

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