Sommes-nous devenus des parents trop exigeants envers nous-mêmes ?

Par Camille Levesque9 min de lecture

Avant, la principale question qui tourmentait les parents était comment élever des enfants polis, autonomes et heureux, ce qui était déjà plutôt pas mal ! Mais aujourd’hui, et en tant que Maman d’une petite fille de 5 ans, je trouve que la question est devenue plutôt centrée sur nous, avec cette idée de savoir comment devenir le meilleur parent possible pour nos enfants. Sauf que, derrière cette ambition certes très bienveillante, se cache à mes yeux une réalité un peu moins réjouissante : celle d’une pression qui, j’ai l’impression, ne cesse de grandir, et d’un sentiment persistant de ne jamais en faire assez ! À force de vouloir répondre à toutes les recommandations, de vouloir prendre les bonnes décisions à chaque étape et d’offrir une enfance parfaite à nos enfants, on finit par oublier qu’élever un enfant, c’est surtout en faire un adulte capable d’affronter demain et pas seulement faire de nous des parents absolument parfaits (chose dont personne n’est capable selon moi !). 

Photo de Michael Zolowere Phiri

Pourquoi avons-nous le sentiment qu’il faut être un parent parfait ?

La manière d’élever nos enfants a profondément évolué en quelques décennies. Les générations précédentes s’appuyaient largement sur leur entourage et leur expérience familiale. Aujourd’hui, nous avons, en tant que parents, accès à une quantité presque infinie d’informations : livres spécialisés, podcasts, vidéos, conférences, professionnels de santé, éducateurs, psychologues, créateurs de contenus… chaque sujet du quotidien semble faire l’objet d’une multitude d’analyses. Cette richesse est une formidable opportunité, mais elle a aussi un effet contradictoire en donnant l’impression qu’il existe une bonne réponse à chaque situation ! 

Le sommeil, l’alimentation, les émotions, les écrans, la motricité, les apprentissages, la gestion des colères… on dirait que chacune de nos décisions, même la plus infime, va influencer durablement le développement de l’enfant. On ne cherche plus seulement à faire de notre mieux, on a le sentiment qu’on doit « faire juste ». Or, ce qui fonctionne chez les uns ne produit pas forcément les mêmes effets ailleurs, malgré tous les discours qui promettent des méthodes universelles… Et puis, si tous nos enfants étaient identiques et marchaient au doigt et à l’œil, je crois que ça se saurait ! 

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De plus, à cette multiplication des conseils s’ajoute un autre phénomène devenu quasiment incontournable : les réseaux sociaux. Il suffit de quelques minutes passées à faire défiler des publications pour avoir l’impression que certaines familles maîtrisent tout ! Les chambres rangées, les activités créatives, les repas équilibrés, les anniversaires dignes d’un décor de cinéma et des parents qui affichent une patience qui paraît inépuisable… Bien sûr, j’ai moi-même conscience (et j’espère que vous aussi) que ces images ne montrent qu’une infime partie de la réalité, pourtant, à force d’y être exposé, le cerveau peut finir par les considérer comme une forme de normalité, un schéma qu’on veut atteindre sans savoir ce qu’il se passe vraiment une fois la vidéo passée… Cette mise en scène permanente installe comme une sorte de comparaison avec son propre quotidien, vous savez sûrement de quoi je parle. Sauf que ces « standards » affichés ne sont pas la vie de tout le monde. Je pense d’ailleurs qu’on est bien plus à galérer et à faire de notre mieux que ceux qui font tout parfaitement (en apparence en tout cas). Mais même en ayant conscience de ça, la culpabilité et les remises en question restent en tête… 

Quand vouloir bien faire devient une source permanente de culpabilité

En plus, cette recherche de perfection n’est pas sans conséquence ! Elle transforme progressivement des décisions qui sont ordinaires en véritables dilemmes. Chaque choix semble porter un poids considérable, comme si une erreur ponctuelle risquait de compromettre l’équilibre futur de nos enfants. Faut-il l’inscrire à davantage d’activités ? Est-il suffisamment stimulé ? Passe-t-il trop de temps devant un écran ? Mange-t-il assez varié ? Dort-il suffisamment ? Et derrière chacune de ces questions se cache la même inquiétude : celle de passer à côté de quelque chose d’essentiel ! Cette charge mentale est d’autant plus lourde qu’elle ne s’arrête jamais. Même lorsque tout semble aller bien, on continue à remettre en question nos décisions, comme si on cherchait toujours à aller encore plus loin. Le doute devient presque un réflexe, entretenu par l’idée qu’un bon parent devrait toujours faire mieux !

Et cette culpabilité, elle s’invite aussi dans des situations parfaitement normales, par exemple, prendre une soirée pour soi, apprécier quelques heures de calme pendant que les enfants sont chez leurs grands-parents ou ressentir le besoin de souffler peut rapidement être interprété, par soi-même en premier, comme un manque d’implication. Pourtant, personne ne s’étonnerait qu’un professionnel ait besoin de vacances pour retrouver de l’énergie. Les parents, eux, s’autorisent souvent beaucoup moins facilement ce droit, comme si leur engagement devait être permanent et sans faille ! Le paradoxe est d’ailleurs frappant avec les générations précédentes. Nous, les parents d’aujourd’hui, on passe énormément de temps à réfléchir à notre manière d’éduquer nos enfants. On s’informe, on cherche à progresser et on fait preuve d’une attention particulière envers le bien-être de notre famille. Pourtant, cette implication nourrit parfois un sentiment inverse : plus on cherche à bien faire, plus on a l’impression de ne jamais atteindre le niveau qu’on s’est fixé, alors qu’avant, je crois qu’on se posait bien moins de questions sur tout ça ! 

Les enfants ont-ils réellement besoin de parents irréprochables ?

Cette quête de perfection repose sur le fait qu’un enfant aurait besoin de parents irréprochables pour grandir sereinement, mais dans les faits, les spécialistes du développement de l’enfant s’accordent depuis longtemps sur une réalité bien différente. Un enfant n’a pas besoin que tout soit parfaitement maîtrisé autour de lui. Il a surtout besoin de pouvoir compter sur des adultes qui l’aiment, qui répondent à ses besoins essentiels et qui lui offrent un cadre suffisamment stable pour se sentir en sécurité ! Autant dire, la base ! 

Cette nuance devrait alors nous aider à changer le regard porté sur notre parentalité. Car un parent qui s’excuse après avoir élevé la voix, qui reconnaît s’être trompé ou qui explique calmement pourquoi il était fatigué transmet aussi quelque chose d’essentiel à son enfant. Il lui montre qu’il est possible de faire des erreurs sans que cela remette en cause l’amour que l’on porte à ceux qui nous entourent. Il lui apprend que les conflits peuvent être réparés, que les émotions ne sont pas honteuses et que chacun a le droit de connaître des journées plus difficiles que d’autres. Et c’est là que se confronte d’ailleurs les différentes générations je trouve. Personnellement, quand je vais vers ma fille pour lui expliquer que je me suis trompée ou que je suis désolée de lui avoir crié dessus, ma mère (donc sa grand-mère) ne comprend pas ! Parce que, même si mes parents ont été très bien, personne ne s’est jamais, pour autant, mis à ma hauteur pour m’expliquer d’un adulte peut parfois se tromper ou s’emporter, et s’excuser ensuite. 

Alors, à vouloir masquer la moindre faiblesse comme ça pouvait être le cas avant, je me demande si certains parents ne finissent pas par envoyer un message paradoxal. Comment un enfant pourrait-il apprendre à accepter ses propres imperfections si les adultes qui l’entourent donnent l’impression de tout réussir en permanence ? Grandir, c’est aussi découvrir que les relations se construisent dans les discussions, les maladresses et les réconciliations. Cette réalité fait partie de l’équilibre familial, bien plus que la recherche d’une harmonie constante qui n’existe, en réalité, que dans les images soigneusement sélectionnées des réseaux sociaux ! Cela ne signifie évidemment pas que tout se vaut ou que les difficultés doivent être minimisées. Les enfants ont besoin de repères, de cohérence et d’une présence rassurante. Mais ces besoins n’impliquent pas que leurs parents soient infaillibles, ni que eux le soit !

Et si nous étions simplement devenus des parents trop exigeants envers nous-mêmes ?

Alors, je crois la véritable question n’est pas de savoir si les parents en font assez, mais plutôt pourquoi on a le sentiment permanent de ne pas en faire suffisamment ! Les attentes qui pèsent aujourd’hui sur la parentalité n’ont jamais été aussi élevées. Il faut être disponible, patient, à l’écoute, stimuler les apprentissages, préserver l’équilibre émotionnel de son enfant, concilier une vie professionnelle, maintenir une vie de couple, entretenir des liens et, si possible, prendre aussi soin de soi. Évidemment, tout paraît légitime lorsqu’on observe cette liste, mais additionnés les uns aux autres, ça vient à dessiner un idéal que peu de personnes peuvent réellement atteindre.

Et cette pression est d’autant plus forte que de nombreux parents avancent avec moins de relais qu’autrefois. Les familles vivent parfois loin des grands-parents, les rythmes professionnels sont soutenus et les moments de répit sont parfois rares alors que les attentes, elles, n’ont pas diminué et se sont au contraire même, multipliées. Alors peut-être est-il temps de redonner à la parentalité ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre : le droit d’être humaine ! Parce qu’à force de vouloir devenir des parents irréprochables, on oublie finalement qu’on est déjà les parents dont nos enfants ont besoin. Non pas parce qu’on réussit tout, mais parce qu’on est présent, qu’on apprend, qu’on doute parfois (souvent même) mais qu’on continue malgré tout à avancer… Et je crois que c’est ça être parent aujourd’hui, savoir aimer, apprendre à grandir en même temps que nos enfants et faire de notre mieux, et c’est déjà pas mal en vrai ! 

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Hello ! Je suis Camille, Rédactrice web mariage, Community manager, mais aussi Wedding Planner, Officiante de cérémonie laïque et une des organisatrices du Wedd' Challenge (il fallait bien occuper tous les petits gens dans ma tête) ! Dans le mariage depuis 2012, je suis heureuse de partager avec bienveillance et réalité tout ce que je sais de ce joli monde grâce à mes différentes activités. Vous aider et vous accompagner dans la réalisation de votre joli jour me tient à coeur, alors bienvenue à vous chez La Mariée en Colère ! J'ai hâte de lire vos témoignages, vos questions et vos commentaires ! A très vite !

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