Derrière notre train de vie se cache la difficulté à tomber enceinte 

Par Camille Levesque7 min de lecture

Il y a des histoires qu’on partage facilement… et d’autres que l’on garde enfouies par pudeur, par honte, ou simplement parce qu’on ne trouve pas les mots. Aujourd’hui, Nadège témoigne et à travers ses confidences, elle raconte ce que personne ne voit vraiment : le poids du silence, l’éloignement progressif, les espoirs déçus dans la difficulté à tomber enceinte… et ces voyages qui deviennent un refuge quand la réalité devient trop lourde. Depuis plus de 2 ans, elle tente de devenir maman, sans succès, et n’ose en parler à personne, pas même à ses plus proches… Alors elle vient enfin, poser des mots ici… 

Photo de RDNE Stock project

Ma difficulté à tomber enceinte m’éloigne de ceux que j’aime

Bonjour à toutes, 

Je suis Nadège, j’ai 30 ans, et si vous regardiez mon feed Instagram, vous penseriez probablement que je mène une vie parfaite : un mariage intimiste il y a deux ans sur une île en Thaïlande, des voyages qui s’enchaînent, un couple soudé, des couchers de soleil aux 4 coins du monde et toujours ce même sourire accroché à mes photos… 

Nous vous présentons les partenaires du blog, la suite de votre article juste en-dessous :

salon de alliance

livre mariage

livre mariage

Mais derrière ces images instagrammables à souhait, il y a une tout autre réalité que personne ne voit. Une réalité que je cache avec ferveur parce que j’ai honte. Parce que je ne veux pas répondre aux questions, aux remarques maladroites, aux “Alors, c’est pour quand le bébé ?”.  Ce que mes proches ignorent, c’est que cela fait plus de 2 ans que nous essayons d’avoir un enfant. Deux ans de cycles qui ne mènent à rien, d’espoirs déçus et de nuits à regarder le plafond en essayant de retenir mes larmes pour ne pas inquiéter mon mari.

Je fais volontairement en sorte que tout le monde ne puisse voir que les apparences, et ça fonctionne super bien puisque tout le monde pense que j’ai 30 ans et que je savoure le vie à pleine dents… mais derrière cette façade, la difficulté à tomber enceinte est en train de bousculer ma vie bien plus que je ne l’admets… 

« Alors, c’est pour quand le bébé ?” 

C’est cette phrase-là que je redoute plus que tout. Ma mère me la pose parfois avec bienveillance, j’en ai conscience, mais sans se rendre compte de l’ouragan qu’elle déclenche en moi. Quant à mes amies, je crois qu’elles n’osent pas trop demander, mais je sens leurs regards quand on parle maternité. Certaines sont déjà maman, une autre vient tout juste d’annoncer sa grossesse, et moi, je m’éloigne. Je m’éloigne non pas parce que je ne suis pas heureuse pour elle, parce que je le suis sincèrement, mais parce que chaque annonce me plonge dans un véritable mal-être. Alors oui, clairement je fuis. Je réponds de moins en moins aux invitations familiales, je décline les soirées filles et je fais croire que je suis super occupée, c’est d’ailleurs ce que tout le monde pense, et tant mieux ! 

Le voyage comme échappatoire à cette difficulté à tomber enceinte 

Ce qui nous sauve, ce sont nos voyages. Avec mon mari, nous sommes devenus experts pour choisir une destination en last minute et faire nos valises en 20 min top chrono. Dès que l’un de nous se sent au bord de l’explosion, on ouvre nos applis favorites (des comparateurs de vols et d’hôtels) et on décide de notre destination. En fait, voyager c’est un peu notre thérapie. On met des kilomètres entre nous et notre quotidien, et c’est très paradoxal parce qu’on sait que le problème reste là, mais en fuyant, notre couple se renforce à chaque fois. On parle, on se redécouvre autrement, on rigole ensemble parce qu’il faut avouer que partir sur des coups de tête nous met parfois dans des situations improbables… et dans cette difficulté à tomber enceinte, ces voyages sont comme un refuge pour nous. Si avant c’était notre envie de découvrir le monde qui nous motivait, aujourd’hui ils sont devenus une manière d’échapper au nôtre et de nous offrir des parenthèses. 

Dans tout ça, vous vous demandez sûrement pourquoi je n’en parle pas ! 

À vrai dire, j’y pense souvent. Et je me pose moi-même la question en fait ! Pourquoi je n’arrive pas à dire à ma Maman, à ma sœur ou même à ma meilleure amie ce que je vis et la difficulté à tomber enceinte que j’ai depuis plus de 2 ans. Je crois que j’ai honte. Honte de ne pas réussir quelque chose d’aussi naturel. Moi qui ai toujours réussi : dans mes études, dans ma vie professionnelle, dans ma vie sentimentale… comment avouer à ceux qui sont le plus fiers de moi que mon corps lui, n’est pas bon. Évidemment, mon côté rationnel fait que je me dis aussi que c’est débile ! Qu’ils m’aiment et que sûrement personne ne me jugerait, qu’on me dirait que ce n’est pas de ma faute, que je ne suis pas seule… mais cette infertilité je trouve que c’est un sujet tellement intime… Alors je tais tout ça. Je travaille encore plus, je vois moins mes proches, j’invente des excuses et je fais des grands sourires (et des voyages !) parce que c’est plus simple, et ça me parait plus surmontable et moins douloureux que de dire les choses. 

La PMA : ce cap que nous ne sommes pas prêts à franchir

La question d’un parcours PMA revient régulièrement dans nos conversations avec mon mari, évidemment. On pourrait commencer les démarches mais nous ne sommes pas prêts à ce tourbillon médical. Je lis énormément sur le sujet et plus je lis, plus j’en ai peur. Les RDV, les prises de sang, les protocoles, les hormones et tout notre quotidien organisé autour de moi, de mon cycle menstruel et des médecins… et encore de l’attente, de l’espoir… Je crois que cette intensité, on ne se sent pas prêts à la vivre, je ne me sens pas armée pour ça. Peut-être, sûrement même d’ailleurs, que si la situation n’évolue pas naturellement, nous y viendrons, mais j’ai 30 ans, je me dis que je peux me laisser encore quelques mois… En tout cas, je m’accroche à cette idée, je m’accroche à notre couple. A cette bulle protectrice que nous avons construite l’un pour l’autre et où notre amour reste la principale certitude, c’est sûrement d’ailleurs ce qui nous sauve de ce que l’on vit… 

Et maintenant que mes mots sont posés, je ne suis pas sûre que mon témoignage aboutisse réellement à quelque chose. Je suis dans l’attente et d’un autre côté, je prends les jours comme ils viennent. Je ne me sens pas prête à accepter encore la PMA, je ne me sens pas prête encore à en parler autour de moi, mais j’en aurais au moins parlé ici. Un jour peut-être, la PMA deviendra une évidence, un jour peut-être j’arriverai à faire taire la honte. Ou alors notre famille grandira autrement… Mais pour l’instant j’ai besoin de garder espoir malgré l’attente et l’incertitude… Je ne sais pas ce que l’avenir a à nous offrir mais je sais qu’à ses côtés, je me sens forte et toujours prête à y croire. 

Vous souhaitez publier votre histoire ou vos conseils sur le blog ? Déposez votre témoignage mariage ou témoignage maternité ici.

Partager :

Hello ! Je suis Camille, Rédactrice web mariage, Community manager, mais aussi Wedding Planner, Officiante de cérémonie laïque et une des organisatrices du Wedd' Challenge (il fallait bien occuper tous les petits gens dans ma tête) ! Dans le mariage depuis 2012, je suis heureuse de partager avec bienveillance et réalité tout ce que je sais de ce joli monde grâce à mes différentes activités. Vous aider et vous accompagner dans la réalisation de votre joli jour me tient à coeur, alors bienvenue à vous chez La Mariée en Colère ! J'ai hâte de lire vos témoignages, vos questions et vos commentaires ! A très vite !

1 comment

  • Bonjour,
    Pour avoir été dans la meme attente, c’est une epreuve … difficile, douloureuse, qui est un moment intime. Je comprends la difficulté à en parler. Dans mon entourage, javais des amies, des cousines, des soeurs aux parcours plus ardus que le mien, j’estimais ne pas avoir droit à la parole sur ce sujet … que je ne méritais pas le droit d’exprimer cette difficulté, ces émotions liées à ces difficultés et surtout je ne voulais pas de conseils, d’avis, de jugement, de « tu devrais faire ceci cela ».
    Heureusement que le lien avec mon conjoint était fort et que l’on pouvait partager ces émotions ensemble sans tabou sans me dire que je n’en avais pas le droit.
    Et un jour, j’ai explosé ….. lors d’un apéro covid en visio …. ça a été un vrai carnage…. à la énième demande maladroite… de « c’est quand que » ….. et de la petite phrase assassine qui se voulait humorisitique « si vous voulez on vous donne le mode d’emploi »…. j’ai craché ma vérité émotionnelle … vomi mon ressenti …. hurler ma rage que quand on ne sait pas ce qui se passe dans la vie des autres, on se f*rme sa gu*ule….. ça a créé une sidération de chaque coté d’écran … et en fait j’ai été soulagée …. ça a permis qu’on soit délicat dans les propos à mon encontre ( une fois que j’ai précisé ne pas vouloir en parler …un respect s’est instauré et on a respecté mes silences, été plus vigilants face aux annonces de grossesse, de discussions de leurs enfants ) ( ce moment là m’a aussi montré à quel point j’avais pu être intrusive/maladroite et blessante dans mes propos envers des proches en n’ayant pas vecu cette étape de manière personnelle)

    Pendant une période j’ai été incapable d’etre en lien avec les grossesses m’entourant, avec les enfants, de me réjouir de la vie que certains créaient et qui m’était refusée.

    Je ne me suis pas sentie capable d’aller vers un parcours médicalisé ++++ après avoir entamé les démarches et compris ce qu’il recouvrait et fait les examens qui disaient on a rien trouvé qui puisse bloquer si vous voulez aller au delà c’est la PMA.

    En fait, il n’ya pas de mode d’emploi, qui décrive les bonnes manières ( en parler aux proches, le taire, l’exprimer à tout le monde), il faut juste se respecter, savoir ce qui nous fait du bien à ce moment là, trouver des personnes ressources qui nous aident ( famille, conjoint, ami, psychologue, sage femme, ….)

    Prenez soin de vous, de votre corps, de votre santé mentale …. et surtout vivez comme vous l’entendez

Laissez votre commentaire